Pente de gouttière : le vrai chiffre au mètre, matériau par matériau
La bonne pente de gouttière, c’est 5 mm par mètre linéaire, tous matériaux confondus. Pas 1 cm, pas 3 mm, pas « à vue d’œil ». Ce chiffre vient du NF DTU 40.5 et vaut pour le zinc, l’acier, l’aluminium comme le PVC.
Ce qui change vraiment d’un matériau à l’autre, ce n’est pas la pente : c’est la longueur admissible entre deux points fixes avant qu’un joint de dilatation ou une descente supplémentaire ne devienne obligatoire.
Nous appliquons ce chiffre à la lettre depuis des années. Nous ne dépassons plus 5 mm/m sur du zinc, même quand un chef de chantier insiste pour « en mettre un peu plus, pour être sûr ».

Le chiffre à retenir : 5 mm par mètre, et pourquoi il tient
Le DTU 40.5 pose une pente minimale de 5 mm par mètre linéaire de gouttière. Ce seuil couvre l’écoulement d’une pluie forte dans une section standard (demi-ronde 25 ou 33) sans que l’eau stagne au point bas. En dessous, le film d’eau s’immobilise, les feuilles bloquent, les mousses s’installent.
La corrosion démarre côté métal, l’algue s’accroche côté PVC. Au-dessus, on ne gagne rien à l’écoulement et on dégrade la ligne de façade.
Le calcul est simple : longueur du versant en mètres × 5. Sur 8 m, la chute totale est de 4 cm. Sur 12 m, elle atteint 6 cm. Ce sont les valeurs à viser au cordeau avant de poser le premier crochet, jamais après.
Et pourtant, l’idée « 1 cm par mètre » traîne encore dans les têtes, y compris chez quelques poseurs. Sur 8 m, elle donne 8 cm de chute visible, sur 12 m 12 cm : la gouttière plonge, la planche de rive semble tomber, le bandeau est cassé optiquement.
Cette pente excessive ne fait pas mieux couler l’eau, elle sur-alimente la descente qui devient sous-dimensionnée en fortes pluies. C’est l’erreur la plus fréquente en autoconstruction, et nous la voyons revenir chaque saison.
Le contrôle se fait à un instrument, jamais à l’œil. Cordeau tendu entre le point haut et le point bas cotés au préalable, niveau laser posé sur la planche de rive avant fixation. Jamais un niveau à bulle posé directement dans la gouttière une fois montée, qui ne fait que recopier la déformation du bord de toit.
Zinc, acier, PVC, alu : ce qui change vraiment
La pente ne change pas, la dilatation change tout. Un mètre de PVC bouge de 0,06 mm par degré. Entre un matin d’hiver à −5 °C et un après-midi d’été de tôle chaude à 55 °C, chaque mètre bouge de 3,6 mm.
Sur 10 m, la gouttière PVC s’allonge et se raccourcit de plus de 3 cm dans l’année. Le zinc et l’aluminium bougent trois fois moins (≈ 0,022 à 0,024 mm/m/°C), mais ce mouvement existe aussi.
Les conséquences pratiques :
- Zinc : soudure d’étain rigide. Sans joint de dilatation, la soudure casse. Le seuil de terrain est 12 m entre deux points fixes. Au-delà, joint de dilatation obligatoire (bande souple avec avis technique, ou emboîtement à agrafe libre).
- Acier galvanisé ou laqué : même comportement que le zinc, longueurs équivalentes.
- Aluminium : le plus stable. Se pose souvent d’un seul tenant sans joint jusqu’à 15 m sur les gouttières continues profilées sur place.
- PVC : la fixation elle-même doit autoriser le mouvement. Les crochets doivent laisser la gouttière coulisser dans son logement, et le joint de dilatation est prévu tous les 12 m au maximum sur les fils PVC selon le DTU 40.5.
Notre arbitrage sur un pignon large : PVC pour un bâtiment d’habitation standard, zinc dès qu’il y a un enjeu esthétique ou une durée cible au-delà de 40 ans.
Le PVC premier prix, celui vendu par sections courtes en grande surface, se dilate pareil que le PVC de couvreur, mais ses raccords ne sont pas conçus pour absorber ce mouvement. Passer son chemin.

Au-delà de 12 mètres, on ne remonte pas la pente : on ajoute une descente
C’est le point que les articles concurrents esquivent. Rehausser la pente sur un long linéaire pour caser une seule descente en bout ne fonctionne pas.
Sur 20 m avec 5 mm/m, la chute atteint 10 cm. Personne ne veut voir cet écart sur sa façade. Sur 20 m avec 10 mm/m, la chute passe à 20 cm et la descente unique déborde à la première grosse averse.
La règle de terrain, qui recoupe l’esprit du DTU et le dimensionnement de la partie 3 du DTU 60.11 : 12 m maximum entre deux descentes. Au-delà, deux options.
- Deux descentes aux extrémités avec un point haut central. La pente redescend de chaque côté vers son propre exutoire, chaque tronçon reste dans les 6 m, la chute par tronçon dans les 3 cm.
- Une naissance centrale à agrafe libre avec point haut à chaque bout et pente convergente. On garde une seule descente au milieu, la chute est symétrique, et la naissance à agrafe absorbe la dilatation. Solution privilégiée quand une descente sur une seule paroi n’est pas possible.
Le diamètre de la descente se choisit en même temps que ce découpage : Ø 80 mm pour une surface collectée inférieure à 40 m², Ø 100 mm jusqu’à 80 m², Ø 125 mm au-delà.
Ces valeurs viennent du dimensionnement DTU. Multiplier les descentes est moins coûteux que remplacer une gouttière déformée trois ans plus tard, quand la solution du « une pente plus forte, on verra bien » a fini par céder.
Le geste qui protège le résultat : vérifier la ligne d’égout au cordeau avant de tracer les crochets. Une planche de rive rarement rectiligne trompera n’importe quel niveau posé dessus. Sur 6 m, un ventre de 1 cm au milieu suffit à créer une contre-pente locale invisible à la mise à niveau et qui produira une flaque persistante.
Ce que dit le DTU 40.5
Le NF DTU 40.5, référencé NF P 36-201 dans sa version de novembre 1993 toujours en vigueur, encadre les travaux d’évacuation des eaux pluviales sur les couvertures des bâtiments neufs et rénovés en France métropolitaine. Il ne s’applique pas aux chéneaux autoportants des couvertures en plaques ni aux toitures avec revêtements d’étanchéité, qui relèvent d’autres textes.
Les points structurants pour la pente et la pose :
- pente minimale 5 mm/m pour toutes les gouttières et tous les chéneaux, quel que soit le matériau ;
- écartement des crochets ≤ 50 cm pour une gouttière pendante, ≤ 40 cm pour une gouttière à l’anglaise sur crochet à pied. À réduire en zone ventée ou neigeuse ;
- longueurs de dilatation données au tableau 2 du DTU, avec un plafond pratique de 12 m entre points fixes en zinc comme en PVC avant joint obligatoire, l’aluminium autorisant jusqu’à 15 m d’un seul tenant ;
- descentes : parcours le plus vertical possible, écart de 2 cm minimum du mur de façade, un collier par élément avec un espacement maximum de 2 m, présence d’une crapaudine à chaque risque d’obstruction, protection basse (dauphin ou fourreau) en zone exposée aux chocs.
Le DTU 40.5 n’a pas force de loi, mais il fixe les règles de l’art. En cas de sinistre, une pose hors DTU rend l’ouvrage inassurable et engage la responsabilité du poseur. C’est la vraie sanction d’une pente à 2 mm/m ou d’un fil de 18 m sans joint de dilatation : ce n’est pas une amende, c’est une expertise perdue.
Pour la préparation du support et l’écoulement en pied de mur, les articles étanchéité d’un mur extérieur enterré et joint de dilatation d’une terrasse extérieure complètent utilement le sujet, chacun étant traité côté maçonnerie.