Dosage chaux ciment sable pour joint de pierre : mes proportions au seau

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La première façade que j’ai rejointoyée seule, un pignon de 22 m² en moellons calcaire, m’a coûté deux week-ends de travail et un mois de honte. Les joints avaient séché beaucoup trop blancs, et une laitance laiteuse avait coulé sur les pierres en longues traînées. Le sable n’y était pour rien : j’avais mis trop de chaux. Depuis, je dose au seau, toujours de la même façon, et je note ce que chaque écart produit sur le mur.

Le dosage de base : 1 seau de chaux pour 3 de sable

Le mortier que j’utilise sur du calcaire tendre tient en deux ingrédients : 1 volume de chaux hydraulique naturelle NHL 3,5 pour 3 volumes de sable. Un seau de maçon de 10 litres suffit à tout mesurer, et je remplis toujours à ras bord, jamais tassé, sinon la proportion de liant grimpe sans qu’on s’en aperçoive.

Ce rapport de 1 pour 3 n’est pas arbitraire. Dans un mortier correct, le sable pèse environ 80 % de la masse totale. La chaux ne fait que combler les vides entre les grains. Descendre à 1 pour 2, c’est-à-dire ajouter la moitié d’un seau de chaux, change tout : le mélange devient plus gras, plus facile à lisser, et c’est exactement le piège dans lequel je suis tombé. L’excès de liant remonte à la surface au premier lessivage et redescend sur les pierres. Sur un pignon de 22 m², ça représente une quinzaine de coulures blanches impossibles à effacer.

Sur les parties qui prennent le ruissellement, un soubassement ou un mur exposé au vent de pluie, je resserre à 1 pour 2,5. Au-delà, aucun bénéfice mécanique, seulement du risque esthétique. Et si le choix du liant est encore ouvert, la question du sac de mortier de joint à la chaux prêt à l’emploi se traite à part, avec ses propres critères.

Quatre mélanges au seau, et ce que chacun donne sur le mur

Je pars toujours d’une base de 12 seaux de sable, parce que c’est ce qu’une auge de maçon absorbe sans déborder et que les nombres tombent juste. Le reste se déduit.

Quatre dosages de mortier de joint exprimés en seaux de 10 litres

La chaux pure à 4 seaux pour 12 de sable est mon mélange par défaut sur du calcaire, du tuffeau, de la brique ancienne ou du grès tendre. Le joint reste plus tendre que la pierre, ce qui est le but recherché. La version resserrée à 5 seaux gagne en résistance au brossage et à l’abrasion, au prix d’une teinte plus claire et d’un risque de laitance nettement plus élevé.

Le bâtard léger, 1 seau de ciment pour 3 de chaux et 12 de sable, se justifie sur du granit, du basalte ou un calcaire dur, et sur les ouvrages qui prennent l’eau en permanence : arases de muret, appuis, soubassements enterrés. Le ciment accélère la prise, ce qui est appréciable quand l’automne arrive. Le bâtard classique à 2 seaux de ciment pour 2 de chaux, c’est-à-dire le fameux 1/1/6 des mortiers de montage, n’a rien à faire dans un joint de pierre ancienne : il produit un joint plus dur que la plupart des pierres calcaires. La logique est la même que pour un béton dosé à 350 kg avec son sable et son gravier, à ceci près qu’ici la résistance n’est pas l’objectif, la compatibilité l’est.

Pourquoi un joint au ciment pur mange la pierre tendre

Le ciment pur tient très bien. C’est justement le problème. Un joint au ciment atteint 25 à 30 MPa en compression, quand un calcaire tendre plafonne autour de 10 à 20 MPa et qu’un tuffeau descend sous 10. Le mur se retrouve avec un squelette plus dur que ses os.

Comparaison du cheminement de l'eau selon que le joint est au ciment ou à la chaux

Le second effet est hydrique et se voit encore plus tard. Un mur ancien n’a pas de coupure de capillarité : l’eau du sol monte, l’eau de pluie entre, et tout ressort par évaporation. Le joint est la voie de sortie naturelle, parce qu’il est plus poreux que la pierre. Un joint au ciment ferme cette voie. L’eau cherche alors la seule issue restante, la pierre elle-même, et elle emporte au passage les sels qu’elle a dissous. Ces sels cristallisent juste sous la surface, et l’épiderme de la pierre se décolle par plaques de quelques centimètres. C’est le même mécanisme que la confusion entre étanchéité et imperméabilisation sur un mur enterré : bloquer l’eau d’un côté ne l’empêche pas d’exister, ça la déplace.

Le délai explique pourquoi l’erreur se répète. Un rejointoiement au ciment paraît impeccable pendant trois à cinq hivers. Les premiers éclats apparaissent ensuite, souvent en bas de mur, et à ce stade la pierre est entamée sur 1 à 2 cm. Reprendre coûte alors le double, parce qu’il faut piquer le ciment sans casser davantage.

L’eau : le seul ingrédient que je ne mesure pas

Je mélange d’abord la chaux et le sable à sec, jusqu’à obtenir une couleur parfaitement uniforme. C’est seulement ensuite que l’eau arrive, par demi-litres, avec un temps de malaxage entre chaque ajout.

La raison est simple : un mortier trop mouillé faïence en séchant, et cette microfissuration ne se rattrape pas. Le réflexe de trop mouiller vient souvent de l’outil. Une bétonnière classique brasse mal un mortier de chaux, trop onctueux pour elle, et on compense en ajoutant de l’eau. Sur les petites quantités, je préfère l’auge et le malaxeur de chantier monté sur perceuse.

Le test de consistance que j’applique tient en trois secondes. Je prends une poignée de mortier, je serre, puis j’ouvre la main : la boule doit garder l’empreinte des doigts sans s’affaisser, et ne pas coller à la paume. Si elle s’étale, il y a trop d’eau, et le seul rattrapage acceptable consiste à rajouter du mélange sec, jamais à laisser reposer en espérant. Dernier réflexe qui change tout : je bats le mortier énergiquement, je le laisse reposer cinq minutes, puis je le rebats. Il devient beaucoup plus maniable sans une goutte d’eau supplémentaire.

Le sable fait la teinte, le pigment ne rattrape rien

La chaux est translucide une fois carbonatée. La couleur du joint fini est donc celle du sable, à 80 % de la masse. Un sable lavé de rivière, gris pâle et calibré, donne un joint neutre et un peu triste. Un sable de carrière, légèrement argileux et riche en fines colorées, donne un joint qui se raccorde visuellement aux maçonneries voisines.

Le sable de carrière a un second avantage que les fiches techniques passent sous silence : sa granulométrie est étalée, avec des grains de toutes tailles. Cette variété remplit les vides, réduit la part de liant nécessaire et limite le retrait. Un sable trop fin et trop trié, un 0/1 par exemple, oblige à mettre plus de chaux pour tenir, et c’est reparti pour le joint blanc. Je reste sur du 0/4 en usage courant, et je passe en 0/2 uniquement sur des joints inférieurs à 10 mm.

Pour la teinte, le pigment n’est qu’un correcteur de dernier recours, et il est plafonné : au-delà de 3 % du poids de chaux, la proportion de fines impose d’adjuvanter le mortier, donc de le rendre hydrofuge, ce qui annule l’intérêt de la chaux. Trois pour cent, sur un seau de chaux de 15 kg, cela fait 450 g de pigment. Ça ne change pas une teinte, ça la nuance. Pour un vrai changement de couleur, il faut changer de sable. Et l’essai reste obligatoire : un mortier de chaux s’éclaircit fortement en séchant, alors je fais toujours un mètre carré témoin que je juge à sept jours, jamais à l’état frais.

Prise, soleil et gel : la fenêtre à ne pas rater

Une chaux hydraulique fait sa prise en quelques heures, mais son durcissement réel s’étale sur des mois par carbonatation. Les deux premiers jours décident du résultat.

Le soleil direct et le vent sont les vrais ennemis. Ils tirent l’eau du mortier avant que la prise soit faite, et le joint farine sous la brosse. Je travaille à l’ombre, quitte à suivre la course du soleil autour de la maison, et je brumise le mur deux à trois fois par jour pendant 48 heures dès qu’il fait plus de 25 °C. Une bâche tendue à 30 cm du mur, sans la plaquer, fait le reste.

Le gel est plus radical : un joint qui gèle avant d’avoir pris est perdu, il faudra le repiquer entièrement. Je m’arrête donc dès que la température nocturne annoncée descend sous 5 °C, et je garde une marge de trois jours après la dernière gâchée. En pratique, cela ferme le chantier de novembre à mars dans la moitié nord.

Combien gâcher d’un coup, et quoi faire du fond d’auge

Une gâchée de mortier de chaux pure reste travaillable 1 h 30 à 2 h. Avec du ciment dans le mélange, la fenêtre tombe à 45 minutes ou une heure. Seul, à la poche à joint ou à la truelle langue de chat, je pose entre 4 et 6 kg de mortier à l’heure sur du moellon irrégulier. Je ne gâche donc jamais plus de 10 à 12 kg d’un coup, soit environ un tiers d’auge. Tout ce qui dépasse finit en croûte au fond.

Deux réflexes complètent la méthode. Les vides supérieurs à 4 cm se garnissent d’abord d’éclats de pierre enfoncés dans le mortier frais, sinon le retrait fissure le joint en son milieu. Et le remplissage se fait par passes de 2 cm maximum, la suivante posée quand la précédente est raffermie mais encore humide.

Reste la protection de l’opérateur, systématiquement oubliée dans les recettes. La chaux comme le ciment frais brûlent la peau : rougeurs, œdèmes, crevasses, et une dermite eczématiforme qui récidive à chaque exposition. Les gants doivent être étanches et doublés, en nitrile ou en néoprène, et un contact important se rince 15 minutes à l’eau claire. Détail que personne ne mentionne : le réducteur qui maintient le chrome VI soluble du ciment sous 2 mg/kg a une durée de validité limitée, et c’est pour cela que la période de stockage figure sur l’emballage. Le fond de sac de ciment qui traîne au garage depuis trois ans n’est plus le même produit que le jour de son achat.

Sources officielles

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