Entre 5 €/kg et 40 €/kg. Ce facteur 8 sépare les deux produits que l’on vous proposera pour jointoyer une douche à l’italienne, et il explique pourquoi deux carreleurs vous donneront deux réponses opposées. Le débat n’est pas seulement budgétaire. Il oppose une logique de réfection périodique à une logique d’installation définitive, et le bon arbitrage dépend surtout de la taille de vos carreaux et du nombre de douches prises chaque jour dans la pièce.
Le ciment hydrofuge, l’option à 5 €/kg qui vous rappellera à l’ordre
Le joint ciment hydrofuge (classé CG2 selon la norme EN 13888) reste le produit posé dans la majorité des salles de bains françaises. Comptez 5 à 10 €/kg, contre 20 à 40 €/kg pour l’époxy, avec une palette de teintes bien plus large : blanc, gris perle, taupe, anthracite, beige. Il se travaille à la raclette caoutchouc sans contrainte de temps, et surtout il se répare localement. Un joint qui s’effrite dans un angle se gratte au grattoir triangulaire puis se recharge en vingt minutes, sans toucher au reste de la douche.
Son défaut tient à sa nature : même hydrofugé, le mortier reste légèrement poreux. Dans une salle de bains familiale avec trois douches par jour, l’usure se voit dès la troisième année. Dans une salle d’eau utilisée par une ou deux personnes, correctement ventilée et passée à la raclette, le même joint tient sept à dix ans avant de griser franchement. La différence ne vient pas de la marque du sac, mais du temps que l’eau passe au contact du joint.
Un point pèse plus lourd que le reste : le ciment supporte mal le poinçonnement. Sur un receveur à carreler en mousse de polystyrène extrudé recouvert de mosaïque, les pieds d’un siège de douche ou d’un tabouret finissent par faire éclater les joints, puis desceller les carreaux.
L’époxy, une résine imperméable qui ne pardonne aucune improvisation
Le joint époxy est une résine bi-composant que l’on mélange juste avant la pose. Absorption d’eau quasi nulle, résistance aux détergents alcalins, teinte stable dans le temps : c’est la référence des piscines, des hammams et des cuisines professionnelles. Dans une douche italienne, il supprime la question du noircissement à la racine, puisque les moisissures n’ont plus de surface poreuse à coloniser.
Le prix n’est pas le vrai obstacle. La contrainte, c’est la montre. Une fois les deux composants mélangés, la pâte reste exploitable 30 à 60 minutes selon la référence et la température de la pièce. Passé ce délai, le voile gras qui reste sur les carreaux ne part plus. La méthode est non négociable : gâchées de 1 à 2 kg maximum, avancement par zones de 1 à 2 m², nettoyage immédiat à l’éponge alvéolée et à l’eau tiède, changement du seau de rinçage tous les quatre à cinq passages. Ceux qui gardent la même eau trouble finissent avec un film mat visible sur toute la douche une fois le produit durci.
Prévoyez large sur le temps et la quantité. Pour 8 m² de faïence en 10×10 avec des joints de 3 mm, il faut environ 6,5 kg de produit et compter une bonne dizaine d’heures de travail à deux, étalées sur deux jours. Un carreleur en 60×60 divise ce temps par trois, tout simplement parce qu’il y a dix fois moins de linéaire à remplir.

Le match point par point, chiffres en main
| Critère | Ciment hydrofuge | Époxy |
|---|---|---|
| Prix matière | 5 à 10 €/kg | 20 à 40 €/kg |
| Temps de travail après gâchage | 1 à 2 heures | 30 à 60 minutes |
| Durée de vie en usage familial | 3 à 5 ans | 10 à 15 ans |
| Réparation localisée | Simple | Difficile |
| Résistance aux taches et au calcaire | Moyenne | Très élevée |
| Accessible en autoconstruction | Oui | Oui, avec méthode stricte |
Sur la durée, l’écart se resserre nettement. Une douche de 3 m² jointoyée au ciment consomme environ 3 kg de produit, soit 25 € de matière, mais deux réfections en douze ans annulent l’économie initiale. Faire intervenir un carreleur pour un rejointoiement complet revient à 28 à 35 €/m² de main-d’œuvre, produits en sus. Un simple remplacement des cordons de silicone périphériques est facturé 90 à 220 € TTC en forfait.
Le silicone n’arbitre pas, il complète
Aucun des deux ne remplace le silicone sanitaire fongicide. La règle appliquée sur chantier est constante : joint rigide entre matériaux identiques, joint souple partout où les matériaux changent ou où la structure travaille. Concrètement, le silicone va dans l’angle sol/mur, dans les angles mur/mur, autour de la bonde ou du caniveau, et au pied des profilés de paroi vitrée. Sa durée de vie annoncée par les fabricants plafonne à deux ans de garantie, avec une réalité de trois à cinq ans dans une pièce ventilée par une VMC en état.
Un piège revient sans arrêt. Quand un joint silicone refait proprement redevient noir en six mois, ce n’est presque jamais le produit qui est en cause : c’est l’eau qui circule derrière, par un ancien silicone mal purgé ou une étanchéité sous carrelage défaillante. Refaire le cordon une quatrième fois ne servira à rien. Rappelons que le joint n’a jamais constitué l’étanchéité d’une douche italienne. Le DTU 52.2 impose un système d’étanchéité sous carrelage, avec une pente minimale de 2 %, des bandes de renfort dans tous les angles et une remontée de 10 à 15 cm sur les murs périphériques.
Alors, lequel pour votre douche ?
Mosaïque, galets ou carreaux de moins de 20 cm : l’époxy s’impose. Le linéaire de joints y est trois à cinq fois supérieur, et chaque millimètre poreux devient un point de fixation pour les moisissures.
Grands formats 60×60 ou 120×60, salle d’eau d’appoint : le ciment hydrofuge de qualité suffit largement, à condition d’appliquer un hydrofuge de surface la première année et de renouveler le traitement tous les deux ans.
Salle de bains familiale, location saisonnière, personne à mobilité réduite utilisant un siège : l’époxy, sans hésiter. La sollicitation quotidienne et le poinçonnement mécanique éliminent le ciment en trois à cinq ans.
Rénovation partielle sur carrelage existant : restez sur du ciment. Mélanger les deux systèmes sur une même surface donne des raccords de teinte visibles et un comportement différent à la dilatation.
Pour conclure
Notre position tient en une phrase : payer 100 € de plus en époxy sur une douche de 3 m² revient bien moins cher qu’un rejointoiement à 300 € dans quatre ans. Mais si votre étanchéité sous carrelage est douteuse, aucun joint ne vous sauvera. Vérifiez ce point avant de choisir la couleur.